En octobre 2025, 483 743 voitures d'occasion ont changé de main en France. En août, 373 985. Sur le papier, octobre a fait 29 % de mieux qu'août, et la conclusion paraît évidente : il y a des bons et des mauvais mois pour vendre. Sauf qu'octobre comptait 23 jours ouvrés et août 20. Ramené au jour ouvré, l'écart tombe à 12 %. Et entre janvier et décembre, hors août, aucun mois ne s'écarte de plus de 6 % de la moyenne. La saisonnalité du marché VO existe, mais elle est beaucoup plus petite, et beaucoup plus calendaire, que ce qu'on raconte.
Une version précédente de cet article donnait, mois par mois, des « +30 % » et des « -35 % » d'activité, des écarts de prix par saison et un gain de marge annuel promis à qui suivrait le calendrier. Aucun de ces chiffres n'avait de source. Nous les avons retirés et remplacés par la seule série mensuelle publique et régulière : les transactions de voitures d'occasion comptées par AAA Data à partir des changements de titulaire de la carte grise, et publiées chaque mois par la presse professionnelle.
Les douze mois de 2025, en volume et par jour ouvré
Voici l'année 2025 complète. Les volumes viennent d'AAA Data, repris par le Journal de l'Automobile. Le nombre de jours ouvrés est le nôtre : du lundi au vendredi, jours fériés retirés. Il retombe exactement sur les références publiées (42 jours pour janvier et février, 251 sur l'année), ce qui permet de comparer les mois entre eux.
| Mois 2025 | Transactions | Jours ouvrés | Par jour ouvré | Écart à la moyenne |
|---|---|---|---|---|
| Janvier | 457 668 | 22 | 20 803 | - 3 % |
| Février | 439 346 | 20 | 21 967 | + 2 % |
| Mars | 466 721 | 21 | 22 225 | + 3 % |
| Avril | 478 129 | 21 | 22 768 | + 6 % |
| Mai | 426 306 | 19 | 22 437 | + 4 % |
| Juin | 449 000 | 20 | 22 450 | + 4 % |
| Juillet | 489 173 (déduit) | 22 | 22 235 | + 3 % |
| Août | 373 985 | 20 | 18 699 | - 13 % |
| Septembre | 456 513 | 22 | 20 751 | - 3 % |
| Octobre | 483 743 | 23 | 21 032 | - 2 % |
| Novembre | 423 700 | 19 | 22 300 | + 4 % |
| Décembre | 452 150 | 22 | 20 552 | - 4 % |
| Année | 5 396 434 | 251 | 21 500 | - |
Juillet n'a pas fait l'objet d'un chiffre publié isolé : nous l'avons obtenu en retirant août et septembre du total du troisième trimestre (1 319 671). Le total annuel ainsi recalculé colle au « plus de 5,396 millions » annoncé par AAA Data.
Trois enseignements, dans l'ordre d'importance :
- Août est le seul vrai creux. 13 % de transactions en moins par jour ouvré que la moyenne. Ce n'est pas un accident de 2025 : août 2026 est tombé à 356 000 transactions, le plus bas niveau depuis 2010 selon AAA Data, contre une moyenne de 406 236 pour les mois d'août de 2010 à 2026.
- Hors août, le marché est presque plat. Tous les autres mois tiennent entre - 4 % et + 6 % de la moyenne par jour ouvré. Il n'y a pas de « pic du printemps » à + 30 %, ni de « creux de décembre » à - 20 %.
- Le classement brut des mois est surtout un classement des calendriers. Octobre arrive en tête en volume parce qu'il a 23 jours ouvrés. Mai, avec ses jours fériés et ses ponts, paraît faible en volume (426 306) alors qu'il est au-dessus de la moyenne par jour.
La saisonnalité, c'est d'abord le calendrier
La presse professionnelle elle-même en donne deux exemples nets. En février 2025, les transactions reculent de 0,8 % sur un an en volume brut ; à nombre de jours ouvrés équivalent, elles progressent de 3,9 %. Le même mois, présenté de deux façons, donne deux messages opposés. En septembre 2025, le marché gagne 5,3 % sur un an, mais septembre 2024 comptait un jour ouvré de moins : une partie de la hausse est purement calendaire.
Pour un professionnel, la conséquence est simple. Quand tu compares tes ventes d'un mois à celles du même mois de l'an dernier, ou d'un mois au suivant, divise d'abord par le nombre de jours où tu étais ouvert. Un mois de mai à 19 jours ouvrés, avec un 8 mai et un pont de l'Ascension, ne se compare pas à un mois d'octobre à 23 jours. Sans cette correction, tu vas chercher une cause commerciale à ce qui n'est qu'un écart de calendrier.
Une précision : ces chiffres comptent les changements de titulaire enregistrés, pas les ventes signées. Une vente conclue fin juin peut être enregistrée début juillet. Raison de plus pour ne pas surinterpréter un écart de 2 ou 3 % entre deux mois voisins.
Ce qu'on ne peut pas mesurer, et qu'on te vendra quand même
Les volumes de transactions sont publics. Le reste, beaucoup moins. Voici ce qui n'existe pas en statistique publique fiable, et que tu croiseras pourtant chiffré dans de nombreux guides :
- Les variations de prix d'un mois à l'autre. Il n'existe pas de série publique mensuelle des prix réels de transaction des voitures d'occasion en France. Les « - 15 % sur les cabriolets en hiver » ou « + 5 % au printemps » qu'on lit partout ne s'appuient sur aucune source vérifiable.
- La saisonnalité par segment. Que les cabriolets se vendent mieux aux beaux jours est plausible. L'ampleur de l'effet n'est publiée nulle part de façon régulière : ne bâtis pas ton plan d'achat sur un pourcentage que personne ne peut te montrer.
- Les vagues de fins de location en septembre ou les « soldes de fin d'année » des loueurs. Les retours de location existent, mais leur calendrier dépend des contrats de chaque loueur. Aucune donnée publique ne montre une concentration en septembre.
Ce que les chiffres publiés disent aussi : environ un tiers des transactions passe par un professionnel (32,9 % en janvier 2025, 33,8 % en mai 2025 d'après les volumes publiés), le reste se fait entre particuliers. Les variations mensuelles des distributeurs peuvent donc diverger de celles du marché total. En mai 2025, le marché total progresse de 0,3 % sur un an pendant que les distributeurs reculent de 5,5 %.
Le vrai saut de date : le millésime
S'il y a un passage de calendrier qui pèse vraiment sur le prix, c'est le 1er janvier. Sur les annonces, une voiture est rangée par l'année de sa première mise en circulation. Deux voitures immatriculées à quelques jours d'écart, l'une fin décembre, l'autre début janvier, n'appartiennent pas à la même année et ne se comparent pas aux mêmes voitures.
On a mesuré l'écart sur les annonces du marché, à kilométrage égal (50 000 km), en essence et boîte manuelle :
| Modèle | Année 2021 | Année 2022 | Écart | Voitures proches |
|---|---|---|---|---|
| Renault Clio | 12 083 € | 12 939 € | 856 € | 1 132 / 1 188 |
| Peugeot 208 | 10 807 € | 11 665 € | 858 € | 902 / 1 017 |
Environ 850 € d'écart sur ces deux citadines, soit 7 à 8 % de leur valeur, pour une différence d'âge qui peut n'être que de quelques jours. Deux usages concrets :
- À l'achat d'un véhicule récent (zéro kilomètre, démonstration, véhicule de direction), regarde la date de première immatriculation. Une immatriculation de fin décembre te fera revendre une voiture d'un an plus vieille dans les annonces.
- À la reprise, ne te contente pas de l'âge réel : c'est l'année affichée qui détermine les voitures auxquelles l'acheteur comparera celle-ci. On détaille la méthode dans notre article sur l'évaluation d'une reprise.
Ce qu'on ne sait pas mesurer, en revanche, c'est un éventuel décrochage des prix de tout un millésime au matin du 1er janvier. Les prix d'une année donnée baissent en continu, mois après mois, et nos données ne montrent pas de marche nette à date fixe.
Attendre le « bon mois » coûte de la décote
Puisque l'écart entre mois est faible, garder une voiture pour la vendre « au bon moment » est rarement une bonne affaire. Une citadine perd autour de 9 % de sa valeur par an, on l'a mesuré modèle par modèle dans notre article sur ce que perd une voiture chaque année. Pour une Clio de cinq ans à 11 879 €, cela fait environ 75 € par mois.
Prends une voiture prête à la vente début août. Tu hésites à la garder jusqu'en octobre, parce qu'« août est mort ». Deux mois de décote, c'est environ 150 €. Ajoute le financement, avec une hypothèse de 6 % par an sur 11 879 €, soit encore 120 € environ, et tes frais de parc. Tu paies environ 270 € pour vendre dans un mois qui, par jour ouvré, n'est pas meilleur qu'avril, mai ou juin, et seulement 12 % plus actif qu'août. Le calcul complet du coût d'un mois de stock est dans notre article sur la rotation de stock VO.
La bonne lecture du creux d'août n'est donc pas « ne vends pas en août », mais « attends-toi à moins de contacts, et ne baisse pas ton prix par panique ». Si une voiture ne part pas en août, regarde d'abord si elle est au bon prix par rapport aux voitures comparables, avant d'accuser la saison.
Ce que tu peux en faire concrètement
La saisonnalité ne te donnera pas 20 % de marge en plus. Elle peut t'éviter quelques mauvaises décisions. Quatre habitudes suffisent :
- Corrige tes comparaisons par les jours ouvrés. Ventes du mois divisées par tes jours d'ouverture, comparées au même ratio un an plus tôt. Tu verras si un « mauvais mois » l'était vraiment.
- Mesure ta propre saisonnalité. Avec ton livre de police, tu as les dates d'entrée et de sortie de chaque véhicule sur deux ou trois ans. Compte tes ventes par mois et par jour ouvré. Ton marché local, ta clientèle et tes types de véhicules peuvent s'écarter de la moyenne nationale. C'est ce chiffre-là qui doit guider tes achats, pas un calendrier générique.
- Utilise août pour préparer, pas pour stocker. Moins de rendez-vous, c'est du temps pour la préparation, les photos et les annonces du stock à venir. Tu publies plus vite en septembre, et c'est le délai de mise en ligne qui coûte, pas le mois.
- Recote avant de baisser. Si une voiture traîne, vérifie sa position dans la fourchette du marché avant de mettre ça sur le compte de la saison. Une cotation gratuite sur les annonces du marché te donne la valeur estimée, la fourchette des voitures proches et le nombre d'annonces qui ont servi au calcul.
Côté outils : Tarmac cote un véhicule sur les annonces du marché au moment où tu le demandes, recalcule la cote de ton stock et range tes véhicules par ancienneté (moins de 30 jours, 31 à 60, plus de 60) avec des alertes sur ceux qui dépassent les seuils. Il ne publie pas de statistiques nationales : pour les volumes du marché, AAA Data reste la référence.
Le marché français a fait 5,4 millions de transactions en 2025, à un rythme presque constant hors août. Le mois où tu vends compte peu. Le prix auquel tu affiches, et le nombre de jours pendant lesquels ta voiture attend, comptent beaucoup plus.
Sources
- Journal de l'Automobile (AAA Data) : des reventes de voitures d'occasion au beau fixe, février 2025
- Journal de l'Automobile (AAA Data) : les ventes de voitures d'occasion ont bondi de 5,3 % en septembre 2025
- Journal de l'Automobile (AAA Data) : les voitures d'occasion repassent tout juste dans le vert en août 2025
- Journal de l'Automobile (AAA Data) : quelles marques ont permis au marché de l'occasion de tenir le choc en 2025
- Journal de l'Automobile (AAA Data) : un mois de mai 2025 à jeter aux oubliettes pour les distributeurs
- Journal de l'Automobile (AAA Data) : marché de l'occasion, un mois d'août 2026 historiquement bas