Une Renault Clio essence de 2020, 78 000 km, vaut aujourd'hui 10 949 € sur les annonces du marché. Hypothèse : tu l'as rachetée 8 500 € à un particulier, tu dégages donc 2 449 € de marge brute. En micro-entreprise, tes cotisations sociales se calculent sur le prix de vente, pas sur la marge : 12,3 % de 10 949 €, soit 1 347 €. Plus de la moitié de ta marge part avant même l'impôt, et à partir de la dix-neuvième voiture vendue au même prix tu dépasses le plafond du régime. Le statut juridique d'un garage occasion ne se choisit pas comme celui d'un consultant. Voici les quatre options, avec les règles en vigueur en 2026 et ce qu'elles changent pour un négociant.
Le piège propre au négoce : un gros chiffre d'affaires pour une petite marge
Un consultant qui facture 80 000 € en garde presque tout. Un négociant qui vend pour 80 000 € de voitures en a dépensé la plus grande partie pour les acheter. Or plusieurs règles se calculent sur le chiffre d'affaires, c'est-à-dire le total des prix de vente :
- les plafonds de la micro-entreprise ;
- les seuils de la franchise en base de TVA ;
- les cotisations sociales du micro-entrepreneur.
Pour fixer les idées, on garde la même hypothèse tout au long de l'article : 30 véhicules par an, tous vendus comme la Clio de l'exemple, à 10 949 € avec 2 449 € de marge brute chacun. Soit 328 470 € de chiffre d'affaires pour 73 470 € de marge brute, avant préparation, frais de structure et rémunération. Le prix de vente vient d'une vraie cotation, calculée sur 837 voitures proches (fourchette de 10 069 € à 11 850 €) ; le prix d'achat et le volume sont des hypothèses.
La micro-entreprise : simple, mais vite trop petite
La micro-entreprise est une entreprise individuelle sous régime simplifié. Pour la vente de marchandises, Service Public Entreprendre donne les règles suivantes en 2026 :
- Plafond de chiffre d'affaires : 203 100 € HT. Le régime s'applique aux revenus 2026 si le chiffre d'affaires de 2025 ou de 2024 n'a pas dépassé ce montant. Un dépassement isolé ne fait pas sortir du régime ; deux années consécutives au-dessus, et tu passes au réel au 1er janvier suivant.
- Cotisations sociales : 12,3 % du chiffre d'affaires, 13,3 % si tu choisis le versement libératoire de l'impôt sur le revenu.
- Impôt : abattement forfaitaire de 71 %. Tu es imposé sur 29 % de ton chiffre d'affaires, quelles que soient tes charges réelles.
Appliqué à la Clio, le calcul devient sévère. L'abattement de 71 % suppose que tes charges représentent 71 % de tes ventes. Sur cette voiture, ton seul achat en représente déjà 78 %. Tu serais donc imposé sur 3 175 € (29 % de 10 949 €) alors que ta marge brute n'est que de 2 449 €, et avant toute dépense de préparation. Côté social, les 1 347 € de cotisations pèsent 55 % de la marge.
Le plafond, lui, tombe vite : à 10 949 € la voiture, 18 ventes font 197 082 €, la dix-neuvième fait passer au-dessus de 203 100 €. Avec l'hypothèse de 30 véhicules par an, la micro-entreprise est exclue d'emblée.
Son usage honnête : tester l'activité à petit volume, sans comptabilité lourde.
La TVA : franchise, seuils 2026 et régime de la marge
La franchise en base de TVA te dispense de facturer la TVA tant que ton chiffre d'affaires reste sous des seuils. Pour la vente de marchandises en 2026, Service Public Entreprendre indique 85 000 € sur l'année précédente et 93 500 € sur l'année en cours : au-delà de ce second seuil, la TVA s'applique dès le jour du dépassement. Le projet de seuil unique à 25 000 €, inscrit dans le projet de loi de finances pour 2025, a été abandonné, et les seuils restent inchangés pour 2026.
À 10 949 € la voiture, tu dépasses 85 000 € à la huitième vente et 93 500 € à la neuvième. La franchise ne couvre donc qu'un démarrage très modeste. Pendant qu'elle s'applique, elle est un vrai avantage : sur la Clio, tu ne reverses pas les 408 € de TVA sur marge qu'un garage assujetti paierait.
Une fois assujetti, ce n'est pas le statut juridique qui fixe ta TVA. Que tu sois en EI, en EURL ou en SASU, le régime de la marge (article 297 A du CGI) s'applique aux véhicules achetés à des particuliers : la TVA porte sur la différence entre prix de vente et prix d'achat, soit 408 € sur la Clio (2 449 × 20/120). On a détaillé le calcul, la facture et les cas particuliers dans notre guide de la TVA sur marge des véhicules d'occasion.
EI au réel ou EURL : l'indépendant qui déduit ses vraies charges
Dès que tu sors de la micro-entreprise, tu passes au régime réel : ton bénéfice est calculé sur tes vraies charges, achats de véhicules compris. C'est ce qui rend le réel adapté au négoce : tu es imposé sur ce que tu gagnes, pas sur un forfait pensé pour d'autres activités.
L'entreprise individuelle au réel
Depuis le 15 mai 2022, ton patrimoine personnel et ton patrimoine professionnel sont séparés automatiquement : tes créanciers professionnels ne peuvent saisir que les biens utiles à l'activité. Il y a des exceptions, notamment certaines dettes fiscales, et un créancier comme une banque peut te demander de renoncer par écrit à cette protection. Fiscalement, l'EI relève par défaut de l'impôt sur le revenu, mais au réel tu peux opter pour l'impôt sur les sociétés en demandant l'assimilation à une EURL. Cette option est irrévocable. Socialement, tu restes travailleur non salarié (TNS), rattaché à la sécurité sociale des indépendants.
L'EURL
L'EURL est une société à associé unique, imposée par défaut à l'impôt sur le revenu, avec option possible pour l'impôt sur les sociétés. Le gérant associé unique est lui aussi TNS. Le point à connaître concerne les dividendes : pour un gérant majoritaire, la part qui dépasse 10 % du capital social, augmentée des primes d'émission et des sommes laissées en compte courant, est soumise aux cotisations sociales des indépendants, d'après l'Urssaf. Avec un capital de quelques milliers d'euros, presque tous les dividendes y passent : se payer en dividendes plutôt qu'en rémunération fait peu économiser en EURL.
Les cotisations d'un TNS n'ont pas de taux unique : elles dépendent du revenu et de plusieurs tranches. Le simulateur officiel de l'Urssaf (mon-entreprise.urssaf.fr) te donne le montant pour ton cas. Aucun chiffre approché ne le remplace.
La SASU : protection du régime général, coût plus élevé
En SASU, le président est assimilé salarié : sa rémunération est soumise aux cotisations du régime général, comme celle d'un salarié, à une différence près rappelée par Service Public Entreprendre : il ne cotise pas à l'assurance chômage, à laquelle il n'a pas droit. Le coût social d'un euro de rémunération est plus élevé qu'en TNS, en échange d'une protection plus proche de celle d'un salarié.
Les dividendes d'une SAS ne sont pas soumis aux cotisations sociales. Ils sont taxés, depuis le 1er janvier 2026, au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux (le taux de ces derniers est passé de 17,2 % à 18,6 %). Tu peux aussi choisir le barème progressif, avec un abattement de 40 % sur les dividendes.
Avant d'être distribué, le bénéfice supporte l'impôt sur les sociétés : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà, à condition que ton chiffre d'affaires reste sous 10 millions d'euros et que ton capital soit entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques.
Pour voir la mécanique, prends une hypothèse : il reste 30 000 € de bénéfice à ta SASU une fois payées la préparation, les charges et ta rémunération. L'impôt sur les sociétés prend 4 500 € (15 %). Si tu distribues les 25 500 € restants, le prélèvement forfaitaire en prend 8 007 €, il t'en reste 17 493 €. Ce calcul ne dit pas que la SASU est le meilleur choix : il montre seulement comment l'argent sort de la société. Le bon arbitrage dépend de ta rémunération, de ce que tu laisses dans l'entreprise et de ta situation fiscale personnelle.
Comparatif : ce qui change vraiment pour un négociant
| Critère | Micro-entreprise | EI au réel | EURL | SASU |
|---|---|---|---|---|
| Plafond de chiffre d'affaires | 203 100 € HT | Aucun | Aucun | Aucun |
| Base des cotisations | 12,3 % du chiffre d'affaires | Bénéfice | Rémunération + dividendes au-delà de 10 % du capital | Rémunération seulement |
| Impôt | Sur 29 % du chiffre d'affaires | IR, option IS | IR par défaut, option IS | IS |
| Régime social | Indépendant | TNS | TNS | Assimilé salarié, sans chômage |
| Achats de véhicules déduits | Non (forfait) | Oui | Oui | Oui |
En pratique, pour un garage occasion qui vise une activité à plein temps :
- Tu testes avec quelques véhicules par an : la micro-entreprise suffit, en surveillant les seuils de TVA dès la huitième voiture.
- Tu veux un revenu régulier et des cotisations maîtrisées : EI au réel ou EURL, régime TNS. L'EURL t'apporte une société distincte, utile pour un banquier ou un associé futur.
- Tu veux la protection du régime général ou laisser beaucoup de bénéfice dans la société : la SASU, en acceptant un coût social plus élevé sur ta rémunération.
Un point commun à tous les statuts : ton stock se finance. Une société à l'IS qui garde son bénéfice pour racheter des voitures paie 15 % sur cette part jusqu'à 42 500 € de bénéfice, alors qu'en EI à l'IR tout ton bénéfice entre dans ton revenu imposable, même s'il dort dans ton stock. C'est souvent ce point, plus que les dividendes, qui fait basculer un négociant vers une société.
Ce que le statut ne règle pas, et quand voir un expert-comptable
Le statut ne change rien à tes obligations de professionnel du véhicule : le livre de police, le régime de la marge, et le certificat W garage si tu fais circuler des véhicules de ton stock (voir notre guide pour obtenir et utiliser la carte W).
Un expert-comptable est utile ici pour une raison précise, pas par prudence de principe : comparer les statuts demande ta rémunération cible, tes charges et ta situation familiale, et les cotisations TNS ne se calculent pas de tête. Arrive avec des chiffres. Le volume annuel visé, ton prix de vente moyen et ta marge moyenne par véhicule suffisent pour qu'il te chiffre deux ou trois options en une séance. Pour ton plan de départ, notre guide pour se lancer et construire son business plan t'aide à poser ces hypothèses.
Pour ton prix de vente moyen, pars du marché plutôt que d'une intuition : une cotation gratuite sur les annonces du marché te donne la valeur et la fourchette des voitures proches, comme pour la Clio de cet article. Une fois lancé, Tarmac suit la marge par véhicule et l'ancienneté de ton stock ; il ne tient pas ta comptabilité et ne fait ni facturation ni déclarations de TVA, qui restent le travail de ton logiciel comptable ou de ton expert-comptable.
Sources
- Micro-entrepreneur : seuils du régime micro-fiscal et abattement (Service Public Entreprendre)
- Cotisations sociales d'un micro-entrepreneur (Service Public Entreprendre)
- Franchise en base de TVA (Service Public Entreprendre)
- Revenus du dirigeant d'une société (Service Public Entreprendre)
- Taux de l'impôt sur les sociétés (Service Public Entreprendre)
- Revenus de placements : prélèvement forfaitaire unique (Service-Public.fr)