Tu vends à un particulier un Peugeot 3008 diesel automatique de 2019, 90 000 km. Sur le dernier mois, 473 annonces de 3008 proches en année et en kilométrage donnent une valeur estimée de 16 487 €, la moitié centrale entre 15 176 € et 17 583 €. Tu le vends 16 500 €. Dix mois plus tard, la boîte donne des à-coups et le client revient. Tu dois réparer, à tes frais, sauf si tu prouves que le défaut n'existait pas à la livraison. S'il revient au quatorzième mois, c'est à lui de prouver que le défaut était déjà là. Entre les deux, seule la charge de la preuve a changé de camp. Voici ce que tu dois vraiment à ton client, texte par texte.
D'abord une question : à qui tu vends ?
Tout le reste en dépend. Quand tu vends en professionnel à un consommateur, c'est-à-dire une personne qui achète pour un usage privé, trois régimes se superposent :
- la garantie légale de conformité, prévue par le Code de la consommation (articles L217-3 et suivants) ;
- la garantie des vices cachés, prévue par le Code civil (articles 1641 à 1649) ;
- une garantie commerciale, seulement si tu en proposes une.
Les deux premières s'imposent à toi. Écrire « vendu en l'état » ou « sans garantie » sur un bon de commande face à un particulier ne retire rien à ton client : la fiche officielle de service-public.gouv.fr rappelle que le vendeur professionnel est tenu par ces garanties légales. Le client choisit celle qu'il invoque. Entre professionnels, les règles changent : on y revient plus bas.
La garantie légale de conformité : 2 ans, présomption de 12 mois
L'article L217-3 t'oblige à livrer un véhicule conforme au contrat et te rend responsable des défauts de conformité qui apparaissent dans les deux ans suivant la délivrance. Cette durée est la même pour un véhicule neuf et pour un véhicule d'occasion : la France n'a pas créé de garantie raccourcie pour l'occasion.
Ce qui change pour l'occasion, c'est la présomption. L'article L217-7 pose que les défauts apparus dans les 24 mois sont présumés exister à la livraison, puis précise : « Pour les biens d'occasion, ce délai est fixé à douze mois. » Concrètement :
| Le défaut apparaît | Qui doit prouver ? | Ce que ça veut dire pour toi |
|---|---|---|
| Dans les 12 mois après la livraison | Toi, que le défaut n'existait pas à la livraison | Sans preuve contraire, tu prends en charge |
| Entre 12 et 24 mois | Le client, que le défaut existait à la livraison | Le plus souvent, il lui faut une expertise |
| Après 24 mois | La garantie de conformité ne joue plus | Restent les vices cachés, s'ils sont prouvés |
Pour un véhicule d'occasion, la conformité s'apprécie par rapport à ce que tu as annoncé et à ce qu'on peut raisonnablement attendre d'une voiture de cet âge et de ce kilométrage. Un embrayage usé sur un utilitaire à 250 000 km n'est pas un défaut de conformité au même titre qu'une boîte qui lâche sur une voiture annoncée « révisée, rien à prévoir ».
Ce que le client peut exiger, et dans quels délais
- La mise en conformité d'abord : réparation ou remplacement, au choix du client. Tu peux refuser son choix si c'est impossible ou si le coût est disproportionné, mais ton refus doit être motivé par écrit (article L217-12). Pour une voiture d'occasion, le remplacement par un véhicule identique est rarement possible : en pratique, c'est la réparation.
- Dans un délai de 30 jours au plus après la demande (article L217-10), sans aucun frais pour le client (article L217-11).
- À défaut, la réduction du prix ou l'annulation de la vente (article L217-14) : si tu refuses, si tu dépasses le délai ou si le défaut persiste. L'annulation est exclue pour un défaut mineur, et c'est à toi de démontrer qu'il l'est. En cas d'annulation, tu rembourses au plus tard dans les 14 jours (article L217-17).
Un point que beaucoup ignorent : un véhicule réparé au titre de cette garantie bénéficie d'une extension de six mois (article L217-13). Une directive européenne de 2024 sur la réparation porte cette extension à un an ; selon service-public.gouv.fr, elle s'applique en Europe depuis le 31 juillet 2026 mais sa transposition en droit français est encore en cours. Garde l'œil dessus.
La garantie des vices cachés : plus longue, et plus lourde pour un pro
Elle s'applique à toute vente, y compris entre particuliers. Un vice caché est un défaut qui n'était pas apparent à l'achat, qui existait déjà au moment de la vente, et qui rend le véhicule impropre à son usage ou en diminue tellement l'usage que l'acheteur ne l'aurait pas acheté, ou l'aurait payé moins cher (article 1641).
- Délai : l'acheteur a deux ans à partir de la découverte du vice (article 1648), dans la limite de vingt ans après la vente selon service-public.gouv.fr. Une voiture vendue il y a trois ans peut donc encore te revenir.
- Preuve : c'est à l'acheteur de prouver le vice et son antériorité, souvent par une expertise.
- Choix de l'acheteur : rendre le véhicule et être remboursé, ou le garder et obtenir une partie du prix (article 1644).
Pour toi, le vrai risque est ailleurs. L'article 1645 prévoit que le vendeur qui connaissait le vice doit, en plus du prix, tous les dommages et intérêts. Or la Cour de cassation juge que le vendeur professionnel est présumé connaître les vices de ce qu'il vend, et que cette présomption ne peut pas être renversée, même quand l'acheteur est lui-même professionnel (chambre commerciale, 5 juillet 2023, n° 22-11.621). Traduction : si un vice caché est établi, tu ne pourras pas plaider que tu ne le connaissais pas, et une clause d'exclusion de garantie ne te protégera pas.
La garantie commerciale : facultative, mais très encadrée
Tu peux proposer en plus une garantie commerciale, gratuite ou payante, que tu portes toi-même ou que tu fais porter par un assureur ou une société de garantie. L'article L217-21 la définit comme tout engagement contractuel de rembourser, remplacer, réparer ou fournir un autre service au-delà de tes obligations légales. Elle s'ajoute aux garanties légales, elle ne les remplace jamais.
L'article L217-22 fixe ce qu'elle doit contenir. Elle est remise sur un support durable, au plus tard à la livraison, et précise :
- son contenu, avec les pannes ou prestations exclues ;
- ses modalités de mise en œuvre (où et comment faire réparer) ;
- son prix, sa durée et sa zone géographique ;
- le nom et l'adresse du garant ;
- la mention claire qu'elle s'applique sans préjudice de la garantie légale de conformité et de la garantie des vices cachés, avec l'encadré prévu par les textes.
Trois pièges reviennent souvent :
- La publicité t'engage. Si ton annonce promet « garantie 12 mois pièces et main-d'œuvre » et que le contrat est moins favorable, c'est l'annonce qui s'applique, sauf si tu l'as corrigée avant la vente (article L217-21).
- Une garantie payante se choisit. Service-public.gouv.fr rappelle qu'elle demande l'accord explicite du client : pas de case pré-cochée, pas d'option glissée dans le prix sans le dire.
- Elle ne te décharge pas. Si la garantie de ton assureur exclut une panne, le client peut toujours se retourner contre toi au titre de la conformité ou des vices cachés. Lis les exclusions avant de vendre le produit, pas le jour du sinistre.
Il n'existe pas de statistique publique fiable sur le coût moyen des retours en garantie d'un marchand de VO : compare les contrats sur leurs exclusions et leurs plafonds, pas sur un prix affiché.
Ce que tu dois écrire avant et pendant la vente
Ta meilleure protection, c'est l'écrit. Avant la vente, tu dois informer le client de l'existence et des modalités des garanties légales et, le cas échéant, de ta garantie commerciale, en employant les termes « garantie légale » et « garantie commerciale ». Depuis le 1er octobre 2022 (décret n° 2022-946), tes conditions générales de vente doivent contenir un encadré sur la mise en œuvre des garanties légales, selon le modèle annexé au décret.
Pour un véhicule d'occasion, la fiche entreprendre.service-public.gouv.fr ajoute un document écrit précisant :
- la marque, le type, le modèle, la version et, s'il y a lieu, la variante ;
- l'année et le mois de première mise en circulation ;
- le kilométrage total, ou le kilométrage affiché suivi de la mention « non garanti » s'il est inconnu.
Au-delà de ces mentions, documente l'état réel : contrôle technique daté, liste des défauts connus écrite noir sur blanc et signée, travaux réalisés avant la vente, photos à la livraison. Un défaut signalé par écrit et accepté par le client n'est plus caché. Tout se joue dès l'achat : notre méthode pour évaluer une reprise détaille l'inspection qui t'évite d'acheter le défaut que tu devras réparer. Pour le contrat, vois le bon de commande VO ; pour le contrôle, le contrôle technique avant la vente.
Vente entre professionnels : moins de règles, pas zéro risque
Quand tu vends à un marchand, une société de location ou un artisan qui achète pour son activité, la garantie légale de conformité du Code de la consommation ne s'applique pas : elle vise le consommateur (article L217-1) et, par extension, le non-professionnel, c'est-à-dire une personne morale qui n'agit pas à des fins professionnelles (article L217-32). Une association qui achète un minibus pour ses sorties peut donc en bénéficier.
Entre professionnels, restent le Code civil et ton contrat. La garantie des vices cachés s'applique, et l'arrêt de 2023 cité plus haut le dit clairement : la présomption de connaissance du vice joue même quand l'acheteur est un professionnel. Une clause « vendu sans garantie » entre deux marchands n'a donc rien d'un bouclier automatique. Si ton activité repose sur la vente aux pros, fais rédiger tes conditions par un avocat plutôt que de recopier une clause trouvée en ligne.
Intégrer la garantie dans ton prix et ton suivi
Les garanties légales sont un coût du métier, au même titre que la préparation. Elles se pilotent avec trois réflexes :
- Prévoir une réserve dans ton prix d'achat. Pars du prix de revente réaliste, puis retire tes frais, ta marge et une réserve pour le risque. Pour le 3008 de l'exemple, une cotation gratuite sur les annonces du marché donne 16 487 € avec 473 véhicules comparables. Sur les 25 annonces les plus proches, les 25 sont publiées par des professionnels : tes concurrents vendent tous avec les mêmes garanties légales, ton prix doit les absorber comme le leur.
- Garder la date de livraison de chaque véhicule. C'est elle qui fait courir les 12 mois de présomption et les 24 mois de garantie.
- Répondre vite et par écrit. Le délai de 30 jours court à partir de la demande. Un refus non motivé ou une demande laissée sans réponse ouvre la voie à la réduction du prix ou à l'annulation.
Côté outils, Tarmac te donne la cotation avec sa fourchette et ses comparables, un rapport imprimable pour ton client, et la marge de chaque véhicule vendu avec son prix et sa date de vente. Il ne rédige pas tes conditions générales, ne gère pas les garanties commerciales et ne suit pas leurs échéances : là, ton bon de commande, ton garant et ton avocat restent les bons interlocuteurs.
Sources
- Service-public.gouv.fr - Achat d'un produit : garantie légale de conformité
- Service-public.gouv.fr - Achat d'un produit : garantie légale des vices cachés
- Service-public.gouv.fr - Achat d'un produit : garantie commerciale ou contractuelle
- Légifrance - Ordonnance n° 2021-1247 du 29 septembre 2021 relative à la garantie légale de conformité
- Entreprendre.service-public.gouv.fr - Vente de biens d'occasion par un professionnel
- Légifrance - Cour de cassation, chambre commerciale, 5 juillet 2023, n° 22-11.621